D’abord ils sont venus chercher Julian..

lundi 25 juin 2018
par  Whitney Webb

Source | Mintpress News - 19 juin 2018
traduction Yves Castay

par Whitney Webb - Whitney Webb @_whitneywebb


Les implications de la persécution d’Assange pour le journalisme et la démocratie.

Si la campagne menée par les États-Unis pour extrader et faire taire Assange est couronnée de succès, elle deviendra inévitablement le modèle utilisé par des gouvernements, à l’image de celui des États-Unis, pour réduire au silence les journalistes indépendants dans le monde entier et pour les harceler jusqu’à leur soumission.

Aujourd’hui 13 juin, cela fait six ans que Julian Assange a accédé au statut de réfugié politique le plus connu au monde après avoir osé être le visage public de l’organisation WikiLeaks. Détenu arbitrairement à l’ambassade de l’Équateur à Londres depuis plus d’une demi-décennie, sa situation précaire, résultat des efforts des gouvernements des États-Unis et du Royaume-Uni pour le détruire et le faire taire à jamais, menace de se transformer en tragédie.
Si l’asile lui est retiré ou s’il est extradé vers les États-Unis, ce sera beaucoup plus qu’une tragédie personnelle pour lui. Ce sera aussi une tragédie pour le " droit de savoir " du public et pour la libre circulation de l’information. Face à l’empire États-unien, ce sera la première défaite majeure de ceux qui cherchent à utiliser l’information pour libérer plutôt que pour tromper.
Le cas d’Assange signifie beaucoup plus que de mauvais traitements assimilable, selon certains, à de la torture , infligé à homme dont l’engagement pour mettre en lumière les crimes gouvernementaux, l’a forcé à s’isoler du monde extérieur, y compris de ses propres enfants, pendant la majeure partie de presque une décennie. Bien que ces mauvais traitements n’aient pas leur place dans une "démocratie" civilisée, l’issue de l’affaire Assange, si son extradition vers les États-Unis est acceptée, aura un impact dévastateur sur le journalisme en général. En effet, si la campagne menée par les États-Unis pour l’extrader et le faire taire est un succès, elle deviendra inévitablement le modèle utilisé par d’autres gouvernements pour réduire au silence partout dans le monde les journalistes indépendants et les maltraiter jusqu’à la soumission.

Le journalisme de moindre résistance

"Le rôle du bon journalisme c’est de s’attaquer aux abus de pouvoir des grands de ce monde". Julian Assange
Les efforts du gouvernement américain pour détruire WikiLeaks, et Assange en particulier, sont bien connus [1], ils ont vu le jour bien avant qu’Assange ne demande l’asile politique à l’ambassade de l’Équateur. Bien que les efforts visant à discréditer l’organisation aient été largement plus discrets, la campagne contre Assange a été conçue pour cibler l’homme, et s’est manifestée par d’innombrables attaques mensongères et brutales contre sa réputation, sa dignité et même ses droits humains fondamentaux.
Il s’agissait d’une campagne à charge menée en grande partie avec la complicité de la soi-disant "presse libre", de journalistes qui ont effectivement bénéficié du travail d’Assange et des révélations de WikiLeaks, pour salir l’homme dont le travail a été de défendre l’accès non censuré du public aux informations cruciales.
La complicité de ces "journalistes" trahit le fait que la situation de Julian Assange fait partie de la lutte pour le cœur et l’âme du journalisme même. En effet, sa persécution s’est déroulée dans un contexte de censure extrême des médias sociaux, avec la complicité de Google et de sa filiale YouTube, ainsi que de Facebook et Twitter, signalant ainsi qu’une "guerre de l’information" plus large est actuellement en cours. Le cas d’Assange est le "Waterloo" de cette guerre, ce combat entre d’un côté les gouvernants et les élites qu’ils servent, et ceux qui souhaitent tenir le public informé et maître de leur propre destin. Comme Assange lui-même l’a dit un jour :
Vous pouvez être informés et être vos propres dirigeants, ou vous pouvez être ignorants et avoir quelqu’un d’autre, qui n’est pas ignorant, régner sur vous."
Des gouvernements puissants comme celui des États-Unis ne cherchent pas à éclairer le public et à le laisser prendre ses propres décisions.
Edward Bernays, le "père de la propagande américaine", l’a dit il y a des décennies lorsqu’il a écrit ce qui suit :

« La manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions du grand public est un élément important de la société démocratique. Ceux qui manipulent ce processus invisible de la société constituent un gouvernement invisible qui est la véritable puissance dirigeante de notre pays. .... Nous sommes gouvernés, nos esprits sont façonnés, nos goûts formés, nos idées suggérées, en grande partie par des hommes dont nous n’avons jamais entendu parler.".

Pour que cette "manipulation" du public se poursuive sans entrave, les journalistes de la "recherche de la vérité" et du "droit de savoir" du public doivent être transformés en sténographes obéissants au discourt officiel du gouvernement. Assange, plus que quiconque, en dirigeant une organisation (Wikileaks) qui "dévoile les gouvernements" et en contestant le flux ascendant de l’information vers " les évêques et les rois, et non vers les esclaves et les serfs " a menacé cette tentative de transformation. C’est pour cette raison, par-dessus tout, qu’il a été traité comme il l’a été et pourquoi, s’il est extradé, la fureur de l’oligarchie États-unienne et de son empire se déchaînera vraisemblablement contre lui.

D’abord, ils sont venus pour Assange...

« Chaque fois que nous sommes témoins d’une injustice et que nous n’agissons pas, nous nourrissons dans notre esprit notre propre passivité et par conséquent, à nous perdons toute capacité à nous défendre et à défendre ceux que nous aimons ». - Julian Assange
Pourtant, si le pire arrive, Assange ne sera pas la fin des efforts pour réduire au silence le journalisme réel et indépendant. Ce sera plutôt le début d’un effort plus vaste, déjà en cours, visant à écraser le type même de journalisme incarné par Assange, d’où qu’il émerge. Si les États-Unis réussissent en fin de compte à extrader et à réduire Assange au silence, ils considéreront la campagne qu’ils ont menée contre lui comme un succès. Il appliqueront ensuite ces tactiques à quiconque ose offrir au public une alternative à la narration fournie par le gouvernement, peu importe où ils vivent et qui ils sont.

Si nous continuons à nous asseoir et à permettre que la torture d’État contre Assange se poursuive, il est probable que nous aussi nous resterons silencieux lorsque les mêmes pratiques et calomnies seront appliquées à d’autres journalistes indépendants qui oseront défier l’oligarchie et son empire. Leur but étant de faire en sorte que le public soit lui aussi isolé et bâillonné comme l’a été Julian Assange lui-même.
Comme l’a averti Assange, notre incapacité à agir collectivement face à une telle injustice finira par nous rendre incapables de nous défendre et de défendre ceux qui nous sont chers, car cette passivité toxique est une menace plus grande pour la "démocratie" et la liberté de l’humanité que toute menace de violence physique. Cette passivité permettra aux "pouvoirs en place" de conduire le monde sur la voie orwellienne de la censure, du totalitarisme et de la destruction.

Il n’y a pas de plus grand combattant que Julian Assange dans la résistance à ce projet et le silence du monde sur son cas aura pour conséquence la disparition du journalisme et de la démocratie. Ce sera le triste résultat de notre passivité, de notre refus de faire des sacrifices pour aider ceux qui ont fait des sacrifices pour nous. L’issue de l’affaire Assange ne marquera pas la fin de cette lutte, mais elle marquera certainement son tournant.

Whitney Webb


[1Les rapports des renseignements de 2008 et 2011 montrent la planification systématique pour faire tomber Wikileaks, et les dénonciations publiques continues sur la façon dont certte organisation fonctionne dans la pratique.
Voir le rapport (en pdf) des sociétés de renseignements que sont Palanir Technologies, HBGary Fédéral et Berico Technologies : https://wikileaks.org/IMG/pdf/WikiLeaks_Response_v6.pdf


Commentaires

Brèves

18 décembre 2015 - L’Onu adopte la résolution russe sur la lutte contre la glorification du nazisme

SourceSputnik - 18 décembre 2015
Les États-Unis, le Canada, l’Ukraine et les Palaos ont voté (...)

6 octobre 2015 - Victoire du mouvement paysan dans sa lutte pour la reconnaissance de ses droits à l’ONU

La Vía Campesina - 5 octobre 2015
Communiqué de presse de La Vía Campesina.
Genève, 05 octobre (...)

25 juillet 2015 -  Chine : le marché de l’emploi reste stable malgré le ralentissement de l’économie

Sources|(Agence de Presse Chinoise Xinhua) - 24 juillet
Le marché chinois du travail reste (...)

23 juillet 2015 - Un enfant afro-américain sur 9 a un parent en prison selon le Département de la Justice des États-Unis

Les États-Unis ont la plus grande population carcérale au monde. Selon le Bureau des statistiques (...)

8 juin 2015 - Système médical chinois : une assurance bientôt disponible

Source : le Quotidien du Peuple en ligne - 6 juin 2015
La Chine permettra aux patients de (...)

15 mai 2015 - Accueil triomphal pour Mariam Sankara à Ouagadougou

Source|Agence de Presse Africaine -14 mai 2015
Ouagadougou (Burkina Faso). La veuve du feu (...)