Le Burkina Faso abandonne le coton transgénique

Quand Monsanto ne comprend plus
samedi 6 février 2016
par  Maurice Oudet

Source
| Pambazuka - 4 février 2016
Traduction de l’article de GeneWatch « Burkina Faso abandons GM Bt cotton », publié le 28 janvier 2016 par Les Amis de la Terre - 29 janvier 2016


Voici une nouvelle de grande portée. D’abord pour le Burkina Faso et ses producteurs de coton, qui seront à nouveau maître de leur semence. Mais aussi pour le monde entier. Car le coton Bt burkinabè n’a pas répondu aux espoirs que l’on mettait en lui.
Monsanto a introduit le « gène Bt » dans des semences burkinabè, en pensant que cela n’allait pas affecter la qualité du coton produit. Mais le coton burkinabè, apprécié entre autres par la longueur de ses fibres, est devenu un coton tout ordinaire, sans intérêt et sans débouché commercial. Et Monsanto ne comprend plus rien. Leur fameux principe dit « principe d’équivalence en substance » [1] disait qu’en ajoutant seulement un gène, on ne change pas le produit, et qu’il n’y a pas besoin de s’inquiéter.

Si Monsanto ne comprend pas... Nous, nous comprenons que nous avions raison de nous inquiéter, comme l’avait montré le docteur Arpad Pusztai [2] en étudiant les effets produits sur des rats par la consommation de pommes de terre transgéniques [3].

Le Burkina Faso a décidé d’abandonner le coton Bt transgénique

Le Burkina Faso a décidé d’abandonner le coton Bt transgénique, ce qui pourrait fortement influencer l’avenir des cultures Gm en Afrique de l’Ouest. Le pays a en effet commencé à éliminer complètement le coton transgénique, en invoquant la qualité inférieure des fibres de coton, obtenus avec ces cultivars Gm.

L’historique de cet échec majeur est documenté dans un rapport rédigé par Brian Dowd-Uribe, professeur assistant au Département d’études internationales de l’Université de San Francisco, et Matthew A. Schnurr, professeur assistant au Département des études internationales sur le développement de l’Université de Dalhousie.

Le rapport a été rendu public par le journal African Affairs qui est édité par Oxford University Press. Ce rapport retrace le déclin rapide du coton au Burkina Faso, après que le coton Gm y a été introduit. A l’époque, le coton burkinabé était réputé pour sa qualité supérieure et résultait d’un programme de sélection non Gm couronné de succès, lancé par le gouvernement français et s’étendant sur 70 années.

Le principal objectif du programme de sélection était de créer des cultivars qui soient bien adaptés aux conditions de culture de l’Afrique de l’Ouest et qui présentent les caractéristiques désirées pour une qualité supérieure, comme un taux élevé lors de l’égrenage (pourcentage des fibres de coton recherchés par unité de poids de coton livré à l’usine) et des fibres longs.

Le coton OGM bt a précipité la baisse de la qualité

Lorsque le Burkina Faso a commencé à cultiver du coton Bt dans des essais en plein champ, les responsables étaient satisfaits de la qualité du coton, peut-on lire dans le rapport. Les qualités pour lesquelles le coton burkinabé était célèbre étaient maintenues.

Le coton Bt fut commercialisé au Burkina en 2009. Cependant, lors de la première année de commercialisation, les responsables burkinabés remarquèrent une baisse dans la longueur des fibres et le taux de fibres. Les employés de Monsanto mirent cela sur le compte du stress hydrique et d’autres problèmes météorologiques. Pourtant, le problème de la qualité persista, et lors de la saison 2014/2015, les deux tiers de la production nationale étaient classés comme étant de qualité inférieure et de longueur moyenne, un seul tiers conservant son classement comme fibre de longueur moyenne à grande. Le taux de fibres se situait bien en dessous des 42% obtenus par les cultivars non-OGM.

Les auteurs de ce nouveau rapport concluent que la diminution de la longueur des fibres « a sapé la réputation du coton burkinabé et lui a fait perdre de sa valeur sur les marchés internationaux. Si l’on ajoute à cela la baisse de la quantité globale de fibres due à un taux de fibres plus faible, ces caractéristiques d’une qualité inférieure des cultivars Gm ont compromis la position économique des compagnies cotonnières burkinabé. »

L’expérience du Burkina Faso montre clairement qu’en se focalisant sur les rendements on passe à côté de facteurs essentiels pour le succès de la plante. Le rendement au Burkina était élevé. Lors des dernières périodes de culture, il fut produit plus de 700 000 tonnes de coton, alors que le voisin malien n’en produisait que 500 000. Pourtant, en l’espace de quelques mois, l’ensemble de la production malienne fut vendu sur le marché international, alors que la plus grande partie de la production burkinabée attendait toujours preneur. Un responsable de haut rang déplorait cette situation : « A quoi cela sert-il d’être le premier producteur, si on ne peut pas vendre notre coton ? »


Lire l’article Quarante-six pays pour la Banque asiatique d’investissement


Les effets inattendus de la manipulation génétique

L’historique du déclin du coton burkinabé renvoie à un problème inhérent au processus de la manipulation génétique, ce que l’on appelle les effets pléiotropiques : les gènes introduits influencent des gènes qui apparemment ne semblent pas leur être liés.

En théorie, comme le note le rapport, l’introduction du gène Bt dans le germoplasme du coton burkinabé devrait produire des récoltes identiques à celles des lignées parentales avec toutes leurs caractéristiques, à part le fait que le trait inséré confère à cette plante la résistance aux insectes. Mais en réalité, l’introduction du trait Bt dans la variété locale de coton a interféré avec certaines de ses caractéristiques les plus importantes. Les scientifiques de Monsanto « ne savent pas comment expliquer précisément les mécanismes à la source de ces problèmes ».

Les compagnies cotonnières perdent patience avec Monsanto

Monsanto essaye toujours de trouver une solution à ce problème, y compris en recroisant ses variétés Bt avec un nouveau cultivar local. Entre temps, les compagnies cotonnières burkinabées ont perdu patience et repris les choses en main. Dowd-Uribe et Schnurr expliquent dans leur rapport : « Frustrées face à l’incapacité de Monsanto de déterminer les causes de la baisse de qualité et d’y remédier, les compagnies ont établi un calendrier pour abandonner le coton Bt et pour revenir aux cultivars burkinabés ».

Les compagnies prévoient de réduire la quantité de semences de coton Bt commercialisées, de 53 % en 2015/2016 à 30% en 2016/2017, avec comme objectif d’atteindre un retour complet au coton non-OGM à temps pour la saison 2017/2018. Elles réclament aussi 280 millions de dollars de compensation à Monsanto, en contre partie des pertes dues à la baisse de qualité depuis 2010.

L’Afrique va-t-elle se détourner des OGM ?

Dowd-Uribe et Schnurr concluent que l’abandon par le Burkina Faso du coton GM pourrait bloquer, voire même mettre fin à certaines négociations menées pour faire adopter le coton Gm par d’autres pays africains qui ont les mêmes inquiétudes quant à la qualité du coton.

Ils vont même plus loin, en ajoutant que, sur le continent africain, le revers du coton GM pourrait entamer la confiance de l’opinion publique dans les plantes GM en général, à un moment où de nombreux pays africains sont confrontés au choix d’adopter ou pas cette technologie.


  • Nous aurons sûrement l’occasion de revenir sur cette information, qui met à mal "le principe d’équivalence en substance", et cela par une expérience qui s’étale sur plusieurs année, et réalisée à l’échelle de tout un pays.
  • C’est l’occasion de lire ou de relire le livre de Marie-Monique « Le monde selon Monsanto », tout spécialement le chapitre « L’incroyable tour de passe-passe du "principe d’équivalence en substance" », page 161. En voici un extrait :

« En d’autres termes : les OGM sont grosso modo identiques à leurs homologues naturels. Et c’est précisément ce « grosso modo », somme toute surprenant de la part d’un microbiologiste, qui rend le principe d’équivalence en substance suspect aux yeux de ceux qui dénonce sa vacuité, comme Jeremy Rifkin, le directeur de la Fondation pour les tendances économiques, qui fut l’un des premiers à s’opposer à la biotechnologie : « À l’époque, à Washington, si vous fréquentiez les mêmes bars que les lobbyistes, vous les entendiez rire de tout cela. Tout le monde savait que c’était n’importe quoi, ce « principe d’équivalence en substance ». C’était simplement une façon pour ces sociétés – et surtout Monsanto – de mettre rapidement leurs produits sur le marché avec le moins d’interférence gouvernementale possible. Et je dois dire qu’ils ont très bien su défendre leurs intérêts. ».


lire aussi l’article [Burkina Faso : Marche contre Monsanto



[1Le principe d’équivalence en substance (traduction de l’anglais substantial equivalence) est un principe utilisé pour réguler la production et le commerce des nouveaux aliments, comme ceux issus des biotechnologies (OGM). Il indique que, si un aliment ou un composé alimentaire est essentiellement semblable à un aliment ou à un composé alimentaire existant, il peut être traité de la même manière en ce qui concerne la sécurité.
Ce principe appliqué à un OGM, signifie que s’il est équivalent en substance à son équivalent conventionnel, l’un sera déclaré aussi sain que l’autre.
Ce concept est utilisé entre autres par la Food and Drug Administration américaine pour apprécier et déclarer l’innocuité des OGM.
Wikipedia.

[2Le docteur Árpád Pusztai est un chercheur anglais dont la réputation scientifique est mondialement reconnue et un expert mondial sur la question de la lectine, une protéine qu’on retrouve dans les plantes.
Il travaillait au Rowett Research Institute, en Écosse, jusqu’au moment où il a participé à l’émission de télévision World in Action, le 10 août 1998, où il a provoqué une controverse sur la sécurité des OGM.
Dans l’émission, le docteur Pusztai expliquait ses expériences avec des pommes de terre transgéniques. Il s’inquiétait alors de la façon dont réagissaient les rats, ayant noté des changements significatifs dans le poids et le système immunitaire de ces animaux.
Le lendemain, il était congédié de son poste et ses données de recherche étaient confisquées.

[3référence au livre "Le monde selon Monsanto" de Marie-Monique Robin, page 195 et suivantes


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